The times of Harvey Milk - La Révolution en Charentaises

The times of Harvey Milk

mardi 7 novembre 2006, par Hoopoe / 8047 visites

L’itinéraire d’un politicien passionné dans l’Amérique homophobe des années 70.

The times of Harvey Milk - L'affiche du filmUn documentaire tout à fait classique, avec des photos d’enfance de Harvey, des interviews avec des gens qui l’ont connu, des images d’archives : rien de révolutionnaire. On apprend dans la première minute du film que Harvey Milk a été assassiné par son collègue Dan White, alors aucun suspense là non plus. La vie et la carrière politique du premier superviseur (équivalent de conseiller municipal) gay de San Francisco ne sont pas classiques - un début dans la Marine, suivi par Wall Street, un passage par le milieu du théâtre, ensuite il ouvre un magasin de photo avec son partenaire, ce qu’il combine avec des activités politiques - mais mais pendant tout ce temps on se demande ce qui a pu attirer la haine de son collègue.

Jusque là le film donne le portrait de quelqu’un de plutôt sympa et décrit une campagne électorale qui a l’air beaucoup moins chiante que la moyenne, avec une euphorie contagieuse à son élection en 1977. Le documentaire décolle vraiment avec les batailles que Milk livre ensuite. La première pour un arrêt qui stipule que les gays qui sortent du placard ne peuvent pas être licenciés. Un arrêt historique bientôt attaqué par les conservateurs avec la "Proposition 6", qui aurait donné le droit de virer tout instituteur ou professeur ouvertement gay ou lesbien !!!

Je ne vous raconterai pas son assassinat ni celui du Maire, la manifestation silencieuse et impressionnante, le procès du meurtrier (historique pour avoir inventé la "défense du Twinkie", une défense bidon basée sur sa grande consommation de junkfood), et les émeutes suite à la clémence du verdict.

Le film est fort grâce à la personnalité de Harvey, mais surtout parce qu’il montre une homophobie tolérée. Un syndicaliste interviewé dans le film avoue qu’il n’était jamais choqué d’entendre que la police allait harceler un peu les homosexuels dans les bars gays. En regardant le film on se rend compte que certains droits qui paraissent évidents ne le sont pas depuis longtemps, et malheureusement pas partout. [1]

Quelques gays ont suivi le désir que Harvey exprimait dans son testament enregistré (il avait conscience qu’il avait une chance de mourir de façon brutale) : "If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door" (si une balle me traverse la cervelle, que cette balle détruise toutes les portes des placards). Il voulait que tous les gays sortent de leurs placards pour que les gens sachent qu’il y a beaucoup d’homosexuels, dans tous les métiers et dans toutes les classes sociales, ce qui favoriserait l’acceptation.

Le film date de 1984 et beaucoup de choses ont changé depuis, plusieurs pays ont accepté les mariages gays (Pays Bas, Belgique, Espagne, Irlande, Massachusetts, loi en cours au Canada et en Afrique du Sud) et d’autres donnent la possibilité de se pacser. Mais malgré le fait que des élus gays soient acceptés en France, il ne faut pas oublier la manifestation de 100 000 personnes contre le PACS en 1999, ni les diatribes anti-gays de certains politiciens (lesquels n’ont jamais été poursuivis [2]). Le Vatican est toujours homophobe et Benoît XVI a un lourd passif en la matière [3].

Si vous ne trouvez pas le documentaire, il y a un film prévu pour l’année prochaine sur la vie de Harvey Milk : The Mayor of Castro Street par Bryan Singer (le réalisateur de Usual Suspects), alors il y a une chance pour qu’on rediffuse le documentaire.

Si après avoir vu le film, vous voulez en savoir plus sur le destin du meurtrier, cliquez ici.

The times of Harvey Milk. Rob Epstein 1984. Oscar pour meilleur documentaire en 1985.


Notes

[1] de nos jours, les actes homosexuels sont encore passibles de peine de mort dans sept pays : Afghanistan, Arabie Saoudite, Iran, nord du Nigeria, Mauritanie, Soudan et Yémen. Ces législations sont effectivement appliquées. L’homosexualité est toujours punie d’emprisonnement (de quelques mois à la perpétuité), de sévices corporels, de déportation ou de travaux forcés dans une soixantaine de pays. Certains pays répriment indirectement l’homosexualité (interdiction de soutien pour des associations, licenciement, etc.) ou la discriminent : Grande Bretagne (interdiction des homosexuels dans l’armée)

[2] Les hommes politiques Emmanuel Hamel, François Abadie et Bernard Seillier ont, en séance de lecture au Sénat lors des discussions sur le PACS, déclaré, entre autres, que PACS signifiait « Pacte de contamination sidaïque » ou bien que « les citoyens normaux n’ont pas à payer pour les pédés », ou enfin que le projet en question était une « quête pathétique des homosexuels à l’égard du mariage, [qui] allait précipiter la société vers une aggravation de ses pathologies, déjà perceptibles par la drogue, les suicides... »

[3] En juillet 1992, le Vatican envoie une lettre aux évêques américains signée par le cardinal Ratzinger, dans laquelle les discriminations envers les homosexuels sont justifiées dans certains domaines : le droit à l’adoption, les homosexuels dans l’armée, l’homosexualité des enseignants. Ratzinger soutient que tenir compte de l’orientation sexuelle n’est pas « injuste ». Poursuivant le raisonnement, il n’hésite pas affirmer qu’en demandant des droits, les gays et les lesbiennes encourageraient les violences homophobes. « Ni l’Église ni la société ne devraient être étonnées quand les réactions irrationnelles et violentes augmentent ».

En 2003, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dirigée par Joseph Ratzinger, publie des « Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles » dans lesquelles elle affirme « Reconnaître légalement les unions homosexuelles ou les assimiler au mariage, signifierait non seulement approuver un comportement déviant, et par conséquent en faire un modèle dans la société actuelle, mais aussi masquer des valeurs fondamentales qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité ». Et de rappeler que « le parlementaire catholique a le devoir moral de voter contre les projets de loi ». Dans le cas où la loi existerait déjà, il doit « s’opposer par les moyens qui lui sont possible et faire connaître son désaccord ».


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