Le théâtre invisible - La Révolution en Charentaises

Le théâtre invisible

dimanche 14 janvier 2007, par Caliméro M. / 16312 visites

Une autre expression du théâtre de l’opprimé...

Principe du théâtre invisible

Les acteurs choisissent un sujet brûlant de l’actualité locale ou régionale (ou autre s’ils le souhaitent) qui va bien entendu intéresser les futurs spectateurs, les interpeller. Une petite pièce est préparée avec entrée sur scène, jeu et sortie. Cette scène sera jouée dans un lieu qui n’est pas un théâtre : lieu public, café, restaurant, hall de gare, magasin, ferry avec un public qui n’est pas prévenu.

Ce type de théâtre demande un gros investissement personnel quand on est sur le lieu de l’action. J’ai moi-même participé et assisté à du théâtre invisible et vais donc vous décrire une scène pour bien comprendre le déroulement de ce type d’action...

L’objet du litige était à cette époque un arrêté municipal d’interdiction de la mendicité l’été dans les rues piétonnes d’une ville touristique.

Premier acte

Une des actrices du groupe, s’installe, pauvrement vêtue dans une des rues piétonnes concernées à une heure de grande consommation dans les commerces et pose une pancarte devant elle, « chômeuse en fin de droit, plus de logement, plus rien ». Les gens passent, regardent, certains donnent une pièce.

Deuxième acte

2 actrices vont arriver, l’une qui va interpeller la mendiante de façon brutale, en lui faisant remarquer que c’est interdit, l’autre en prenant sa défense, tout cela à haute et intelligible voix, les 2 personnes échangent, s’interpellent, la mendiante reste silencieuse et les passants commencent à intervenir, à prendre partie pour l’une ou l’autre ; ce jour-là un groupe de jeunes est arrivé, horrifiés en prenant le parti de la mendiante, et en voulant agresser l’oppresseur, qui s’est échappé sous le prétexte d’aller appeler la police.

Sortie

La deuxième actrice s’est interposée en faisant remarquer aux jeunes que l’agresseur n’avait pas essayé de téléphoner à la cabine publique toute proche et avait disparu, puis elle a proposé à la mendiante de l’emmener prendre un repas, et les 2 sont parties. 2 autres acteurs, dans le public ont continué la discussion, les échanges, avec le public intéressé. Ils sont là également pour intervenir rapidement en cas d’agressions vis-à-vis des acteurs. Le public n’est pas mis au courant qu’il vient d’assister à une scène de théâtre, cela pourrait être très désagréable pour les personnes ayant, dans le cas ci-dessus, donné quelqu’argent à la mendiante. L’important c’est la mise en évidence du problème, les questions qui sont posées et qui vont permettre de réfléchir.

Les sujets peuvent être très variés, l’actualité ne manque pas de sujets brûlants : agression dans les moyens de transport, discrimination par rapport à la couleur de peau, au fait d’être une femme, un enfant, petit, gros, maigre, l’essentiel est de toujours très bien préparer son texte de base, son jeu de scène et d’être prêt à improviser bien entendu en cas d’interventions imprévues. L’idéal, pour faire avancer les choses est (serait) que la scène soit jouée de nombreuses fois, dans différents endroits et qu’on arrive à faire changer les comportements, et même les arrêtés, les décrets, et pourquoi pas faire modifier une loi injuste (ça n’est pas gagné !).

Il peut y avoir parfois intervention de la police : les acteurs ont alors pour mission de se laisser emmener et de dévoiler leur qualité d’acteur uniquement au poste de police.

Le théâtre invisible nécessite plusieurs conditions préalables : tout d’abord une excellente connaissance du théâtre de l’Opprimé et de son éthique, une grande pratique du théâtre-forum et un groupe d’acteurs bien préparés, bien entraînés.



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4 Messages de forum

  • Chère Caliméro,

    je comprends bien toute cette démarche, et je trouve le théâtre-forum très intéressant, cependant je suis choquée par la pratique du théâtre invisible, et ce pour tout un tas de raisons dont la première est que le public (si il y a théâtre, il y a public) ne soit pas averti de ce à quoi il participe, et ce à aucun moment (si j’ai bien compris).

    La sincérité est aujourd’hui une valeur qui se perd, on le reproche sans cesse à nos hommes et femmes politiques. Pour moi c’est une valeur que je ne suis pas prête à sacrifier.

    Et puis, il faut peut-être rappeler que le théâtre forum a été créé (si j’ai bien compris) sous des régimes dictatoriaux, ce qui explique pourquoi on utilise la manipulation contre la manipulation. Traiter le mal par le mal, pourquoi pas.

    Et puis si le théâtre invisible (ce qui est un non sens, le théâtre ne peut être invisible) est une dérive du théâtre forum (auquel je le répète j’adhère parfaitement), il est à craindre des dérives à suivre. Tu parles d’éthique mais qui la définit ? Comment peut-on la connaître puisque jamais les "spectateurs" ne sont mis au courant qu’ils le sont ?

    Et puis le théâtre est un art, auquel je tiens et auquel je crois peut-être aussi. Mais un art où l’on se raconte des histoires, chacun sait que c’est faux. Et ce que tu décris est, pour moi, du happening. Le terme de théâtre utilisé ici, est galvaudé voire utilisé à mauvais escient.

    Enfin puisqu’on parle de théâtre, alors oui parlons-en ! Le théâtre vivant (le vrai) existe, il n’a même jamais autant existé. La France est pleine d’auteurs qui écrivent, de compagnies qui créent, de spectacles qui se montent. Et ils en ont des choses à dire et à dénoncer, seulement si la censure (en tant que telle) n’existe pas en France, la course aux subventions tue dans l’oeuf de nombreux projets.

    J’ai vraiment du mal à admettre qu’on puisse donner le nom de théâtre à ce type d’expérience. Expérience où les cobayes (vous, moi) ne sont jamais avertis qu’ils le sont.

    • C’est pas nécessairement vrai qu’on ne voit pas se dérouler le théâtre invisible. Je suis coincée dans cette forme de théâtre à Sherbrooke au Québec. C’est stupide et abrutissant. Je considère que les acteurs et actrices qui ce mêlent à cette supercherie sont perfides et envahissant(e)s. J’ai bien hâte qu’ils et qu’elles me fouttent la paix, de retrouver ma liberté loin de leurs discours et comédies débilisants, agressants et dénués de sens.

  • Le théâtre invisible 28 janvier 2007 22:24

    bravo ! très bien !

    j’ai été initié à Augusto Boal par jean-luc, du Royal de Luxe.

    je cherche du monde pour m’aider à monter un "spectacle" de ce genre pour promotionner le Pacte écologique.

    jjaquier free.fr

    • le théâtre a ses places... 30 mars 2009 15:16, par lo

      il est vrai que nombreux sont les gens qui ont placé le théâtre hors les murs (art de la rue) et qui ont voulu bouger les conventions liées à celui ci en déplaçant simplement le lieu des représentation ou le mode d’adresse au public, souvent plus direct, plus en contact....

      je suis d’accord, avec le fait que ce théâtre ne peut se nommer ainsi car il n’y a pas la convention du jeu établie entre le comédien et le public. mais si le théâtre est pour raconter des choses et être une vitrine de la société actuelle (rôle qui l’a fait avant tout naitre), lethéâtre se veut philosophique dans la mesure où il apporte un réflexion aux gens, même si elle est sous forme de divertissement... Alors le"théâtre invisible" ici nommé n’en est pas moins théâtre, de par son origine, simplement le mode de comunication a changé. Quelle serait la réaction des personnes concernées si ils apprenaient à la fin qu’ils avaient étés spectateurs d’une représentation (réaliste) ?

      Souvenez vous du battage médiatique de la jeune fille du RER (il y a un film qui est sortit sur ce sujet recemment) le délit d’antisémitisme a fait boule de neige dans les médias, qui ont relayés l’information du gouvernement, mais lorsque qu’on a appris que les faits avaient étés inventés par la jeune fille en question, cela a t il minimiser l’acte en lui même et la réflexion qu’il y a eu autour de ces actes antisémites ?...

      Je pose la question.

      Une autre expérience à partager autour d’un spectacle vu recemment... (je tairais le nom de la compagnie pour ne pas nuire à l’effet) on nous apprends sur le parvis du théâtre que la représentation est annulée, il y a eu des problemes techniques de dernière minutes et un probleme avec le metteur en scène. les comédiens commencent à intervenir, parler de la pièce.... (improvisation) et la foule se mêlent aux discours faits, en insistant, les comédiens jouent quelques extraits de la pièce dehors, quelques spectateurs s’en vont, outrés (des vrais ceux là...) et la pièce prends vie dans la rue avec la bonne volonté du public qui encourage à cela. on donne des couvertures aux gens pour pouvoir rester plus longtemps dans la rue... quelques sièges et on assiste au spectacle. Certains spectateurs, n’ont pas compris qu’il s’agissait de la vrai mise en scène, ils n’ont pas saisis le deuxième degré, et s’ont partis, outré de tout ce cirque, sans comprendre le propos. Eh oui shakespeare c’était populaire, vif et les débuts du théâtre furent dnas les rues ! (la compagnie était une troupe de rue)

      quelqu’un a vu cette pièce ?... fascinant....!

      Voir en ligne : [contact lö]