Petits chefs et vieux cons : de l’irrévérence comme vertu civique - La Révolution en Charentaises

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Petits chefs et vieux cons : de l’irrévérence comme vertu civique

lundi 7 avril 2008, par Olivier Verdun / 10615 visites

« Il y a des hommes qui ne bandent que quand ils serrent la main des puissants. » - Jean Brun.

Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé n’est que pure coïncidence.

Si le petit chef est un petit devenu chef, le vieux con est un con qui a mal vieilli. Certes, en matière de connerie, le temps ne fait rien à l’affaire comme nous le rappelle Brassens : quand on est con, on est con, qu’on soit gradé ou dégradé, qu’on ait vingt ans ou perdu toutes ses dents, con caduque ou con débutant.

Ex-mauvais prof faisant fonction, nouveau riche, ancien pauvre, fieffé fielleux, arriviste arrivé, ambitieux sans ambition, autoritaire sans autorité, carriériste, poinçonneur édenté, éventé, maniaque du tampon, fonctionnaire de la reptation, croupier encroûté, croupe du pouvoir, garde-chiourme, lèche-botte, scribouillard, servant zélé, serf assermenté, enrôlé, vipère lubrique sans libido, thuriféraire empapaouté, collabos de tout poil, délétères délateurs, prédateurs, sadiques adipeux, chercheurs de poux, emmerdeurs, emmerderesses, patentés, diligentés, détachés, les casse-couilles, les casseuses, les scrogneugneu, les fins de race, les mal finis, les allongés, les dégonflés, les mégères du clavier, les harengères de la culture, les ventre-saint-gris, les ventrebleu, les ruffians, vous formez une grande famille – le haras, ça tient chaud et la race, ça vous tient debout !

Le p’tit chef a la morgue sentencieuse et la conscience à vif quand il s’agit du travail des autres. Toujours au garde-à-vous et au rapport, méticuleux, pointilleux, il tire à boulets rouges au moindre manquement. Incompétent impénitent, il a l’entregent facile quand il s’agit d’agiter, d’éviter d’agir. Maillon emmailloté du Big Brother bureaucratique, avorton des fades démocraties, nabot des noblesses républicaines, potentat impotent, le p’tit chef est de la pire espèce, - celle qui ploie, qui plie, qui gangrène, bile amère de tous les pouvoirs.

Quelles machines avons-nous pour les révoquer ?

D’abord, l’irrévérence, la belle insolence du rebelle à la nuque raide, du cheval sauvage haletant dans la steppe mongole. Là où les auxiliaires du pouvoir et de l’assujettissement aux sourires cadenassés – taupes rampant dans le long tunnel de l’ennui et des nuits moites sans étoiles - célèbrent les vertus de sérieux, restaurer sans vergogne celles de l’ironie, du cynisme, de l’humour aigre-doux, du piétinement outrancier, de l’impatiente patience des mille et une persévérances taquines. Le rictus narquois de Diogène, le rire nietzschéen de Foucault contre le silence feutré des palais présidentiels, la danse de Zarathoustra en contrepoint aux raideurs protocolaires, le sarcasme des Cioran, Bakounine, Desproges, Woody Allen. Insolence de l’esprit aguerri qui fait la nique à la bêtise, nuit à la bassesse, combat le ressentiment et la haine de soi. Enseigner la nudité du roi et du petit chef.

Contre la métastase bureaucratique dont le petit chef prolifère, contaminer le corps social d’un nouvel esprit civique, qui ne se réduit pas aux gesticulations académiques de cours de morale républicaine, sous la forme de la résistance, de l’insoumission, de la désobéissance civile, du génie colérique.

Partout, et toujours, distiller le venin libertaire, empoisonner les fadeurs, assécher les fagnes, phagocyter les conformismes, danser en ronde débraillé sur des fados - fading dans nos récepteurs encombrés de porosités rythmiques. Dynamiteur d’horizons aux conjurations poétiques mûrement intempestives. Entrelacs de mots et de courbes infinies, cercles océaniques dans les nébuleuses diffuses de nos rêves, vider l’encre, strier le papier de mots sinueux, arpenter la page, pianoter la vie de petits doigts furtifs, tapoter, titiller, tourbillonner en soi, n’être qu’une toupie, turbiner, réactiver le temps, recharger les batteries, décharger les spasmes, étendre l’espace, décloisonner l’azur, multiplier les sources, fourbir des complots amoureux, auréoler tout ce qui bouge d’un coulis de nuits bleutées.

Nous aurons tout dans dix mille ans. Autant commencer tout de suite !


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