Causette, Enfin un magazine qui ne nous prend pas pour des quiches ! - La Révolution en Charentaises

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Causette, Enfin un magazine qui ne nous prend pas pour des quiches !

dimanche 19 septembre 2010, par Camille D. / 21056 visites

Son slogan « Plus féminine du cerveau que du capiton » résume à lui seul ses ambitions, faire du journalisme là où la presse féminine ne fait plus que du voyeurisme et/ou du formatage.

Le 7 mars 2009, veille de la journée de la Femme, un nouveau magazine féminin paraissait dans nos kiosques, Causette. Son créateur, Grégory Lassus Debat, est un jeune homme de vingt-huit ans, ancien journaliste-pigiste pour Charlie Hebdo et l’Humanité. Son voeu, « s’adresser aux femmes telles qu’elles sont et non pas telles que la société de consommation les rêve. » [1]

Couverture de Causette#7

De quoi s’agit-il ? Et d’abord qui est Causette ?
Causette n’est pas une cousine éloignée de Cosette, quoique. Causette est un personnage imaginaire, grimée par l’illustratrice Morpheen, associée au projet depuis le début. Causette est une fille curieuse et drôle, engagée et dérangeante, féministe sans être militante. Elle prend la parole dans l’édito du magazine puis sous forme de billets d’humeur, alliant humour, actualité et provocation. Cet été, il s’agissait d’ « abandonner [ses] enfants sur l’autoroute et de cacher le corps de [son] mari dans un fourré », seul moyen pour une femme d’obtenir une retraite décente ! En septembre, Causette nous explique que la politique du patron de l’Elysée est dictée par une mauvaise gestion… de ses complexes, histoire de dédramatiser les nôtres.

Car Causette refuse de nous abreuver de conseils beauté-minceur-maquillage-shopping-santé, et prend le parti de nous parler d’autre chose. Ainsi la très drôle rubrique On Nous prend pour des quiches, dénonce l’existence d’un sirop anti-cuite, ainsi que celle d’un sex-toy à la forme d’un hymen artificiel, acheté en majorité par les femmes des pays arabes... [2]. Cet été encore, dans la rubrique Politique, Causette s’interroge : Comment vote une blonde ? Cet article très sérieux démontre, grâce à un sondage Ifop, que les blondes seraient majoritairement de droite (19% se disent de gauche contre 27% qui se reconnaissent de droite). Une des explications avancées par le journaliste Antonio Fischetti, c’est que le taux de blondes naturelles étant de 5%, la majorité des blondes se teignent, ce qui correspond à assumer son rôle de femme comme attrait sexuel pour l’homme, vision assez conservatrice de la société (donc de droite), en opposition à une vision égalitaire des rôles homme-femme (idée de gauche). Cet article, premier du genre, le journaliste dit n’avoir pas trouvé d’études antérieures sur le sujet, a été repris et cité dans d’autres médias.

Le numéro dix [3] offre une très belle tribune, d’un certain J.V. Jean (…), dans la rubrique Mon Homme perd ses nerfs, intitulé Ne me dites pas que nous sommes tous des iraniennes. Le ton n’est plus à l’humour puisqu’il s’agit de la lapidation programmée de Sakineh Mohammadi Ashtiani. Pas d’anti-islamisme, ni d’appel à la violence, juste un coup de gueule qui sonne juste. Imaginer l’inimaginable, être dans la tête de cette femme. Dénoncer l’intolérable avec les mots de la colère. « Caussette est clairement engagée », de l’aveu même de Grégory Lassus Debat, rencontré au stand Causette de la fête de l’Huma. « C’est un magazine que l’on écrit avec les tripes ».

La couverture du magazine est assurée par Christophe Meireis, qui participe à l’aventure depuis le début. Chaque Une se définit par un pied de nez humoristique aux clichés de la presse, pour Causette#10 c’est une jeune fille grimaçante estampillée « Française d’origine incontrôlable », tandis que Causette#1 affichait un pastiche d’une photo de Cohn-Bendit, prise en mai 68. Si les femmes des couvertures nous ressemblent, c’est qu’elles ne sont pas mannequins d’agence, ce sont des filles comme vous et moi (enfin si vous êtes de sexe féminin, ndla).

Couverture de Causette#10

Après plus d’un an de parution, les éditions Gynethis comptent déjà plus de 1400 abonnés et 8000 exemplaires vendus par numéro. Les tirages s’emplifient, 40 000 pour Causette#10, alors que Causette#9 n’a été tiré qu’à 20 000 exemplaires. Un pari gagnant pour Gregory Lassus Debat, et son associé, Gilles Bonjour, qui ont investi 90 000 euros de fonds personnels, essentiellement composés d’emprunts, pour faire fonctionner une rédaction composée d’une rédactrice en chef, Bérangère Portalier et d’une douzaine de journalistes- pigistes. Aujourd’hui le magazine est un bimensuel dépourvu de publicité, et l’âge moyen de ses lectrices est de trente-huit ans (âge moyen qui rajeunit à chaque numéro !). [4]

Afin de préserver l’indépendance du magazine, la Société des Copines de Causette s’est créée pour apporter un soutien financier et permettre de poursuivre l’aventure ; mais ses créateurs envisagent cependant de rechercher des investisseurs pour créer des emplois, et passer à une parution mensuelle. L’éventualité de voir apparaître de la publicité est aussi en question, mais elle se limiterait à une dizaine de pages, dans un magazine qui en compte près de cent. A vrai dire, les seuls encarts publicitaires vus chez Causette défendent de nobles causes... Reporters Sans Frontière ou Amnesty International, pas de quoi vendre son âme au capitalisme.

Bien sûr Causette n’est pas exempte de défaut, certains reportages manquent encore d’étoffe et les analyses sont parfois rapides. On note aussi quelques coquilles à l’impression et une police de caractères parfois trop petite, mais le ton résolument décalé plaît à la rédaction de la REC. Qui d’autre que Causette avait jusqu’ici abordé le problème des menstruations, que nous ne sommes pas obligées d’avoir (Causette#2), l’angoisse du poil et les épilations excessives (Causette#3) ou encore la contraception masculine et ses limites (Causette#10).

« Amener un féminisme joyeux et décontracté à des femmes qui penseraient à priori ne pas être concernées » [5]. Voilà un magazine féminin et féministe, créé par un homme pour les femmes, mais aussi les hommes (4% d’abonnés !). Souhaitons longue vie à Causette, premier magazine de presse alter-féministe.

Causette est un bimensuel sans publicité, ou presque, vendu au prix de 4,90€ - Points de vente sur le site www.Causette.fr


Voir en ligne : Site du magazine Causette

Notes

[1] Gregory Lassus Debat interrogé par Rue 89, le 06/03/2009

[2] Causette #9 – juillet, août 2010

[3] Causette #10 - septembre, octobre 2010

[4] d’après Têtu, avril 2010

[5] Bérangère Portalier, dans Victoiremag.be, le 05/06/2010


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