Faut-il, ou non, jeter les rouleaux de papier toilette dans la cuvette ? - La Révolution en Charentaises

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Faut-il, ou non, jeter les rouleaux de papier toilette dans la cuvette ?

lundi 11 juillet 2016, par Marvin Flynn / 1226 visites

La question paraît triviale, mais ne l’est pas tant que ça. Car ce geste, jeter le rouleau de papier toilette dans la cuvette au lieu de le jeter dans la poubelle de tri, est révélateur de la manière de considérer l’écologie dans notre pays...

Tout a commencé par une dispute – au sens de discussion – avec l’animateur d’une activité "Recyclage" au sujet de ces nouveaux rouleaux de papier toilette « qu’on peut jeter dans la cuvette des toilettes ».

Un petit film avait été présenté, et l’animateur récapitulait, avec les enfants et fort brillamment, les méthodes de tri des déchets ménagers courants. Il venait néanmoins de conclure sur ce fameux rouleau de papier toilette quand je ne pus m’empêcher de faire une remarque sur la pertinence de cette consigne que pour ma part, je découvrais ce jour-là. Mais afin de bien comprendre c’est qu’est un déchet, revenons un peu en arrière...

Anecdote radioactive [1]

Dans les années 1970, époque à laquelle la construction de centrales nucléaires battait son plein aux États-Unis, les fabricants de ce qu’on sait être aujourd’hui la pièce maîtresse d’un réacteur nucléaire, la fameuse cuve, rencontrèrent un problème bien particulier :

Afin de conserver leur résistance aux radiations le plus longtemps possible, les cuves sont fabriquées à partir d’un acier particulièrement pur. Mais le métal utilisé provenant en partie de filières de recyclage de l’acier, il était mélangé à d’infimes quantités de cuivre [2]. Habituellement, ces quantités sont négligeables et ne posent pas de problème pour une utilisation courante de l’acier (construction par exemple). En revanche, ces minuscules inclusions de cuivre fragilisent considérablement la cuve, la rendant très sensible aux radiations et impropre à une exploitation à long terme [3].

Malgré tous leurs efforts, les ingénieurs en charge du projet ne parvinrent jamais à extraire les infimes mais rédhibitoires quantités de cuivre de l’acier dont ils avaient besoin. Mais ils trouvèrent tout de même une solution à leur problème...

Ils décidèrent d’augmenter très fortement le prix d’achat du cuivre récupéré auprès des ferrailleurs, premiers maillons de la chaîne de recyclage de l’acier. En procédant ainsi, ceux-ci se mirent à trier systématiquement le cuivre pour le séparer du reste des métaux. La qualité de l’acier produit via les filières de recyclage s’en trouva accrue, et celui-ci put enfin servir à la construction des cuves des centrales nucléaires américaines.

Ainsi, aucune technologie n’avait été capable d’extraire ce cuivre mêlé à l’acier. Ce qu’il fallait, c’était éviter de les mélanger au départ.

Nucléaire & PQ, même combat !

Revenons-en donc à notre rouleau de papier toilette, puisque c’est lui qui nous préoccupe particulièrement. Soit, il est dit que ce rouleau :

- est le seul à être, « non seulement recyclable et compostable, mais aussi jetable dans les toilettes » ;
- est composé de la même matière que le papier, et peut donc se jeter directement dans les toilettes, comme lui.

Ce tube est donc recyclable (via la filière habituelle) et compostable (via une filière locale si vous avez la chance d’en avoir une à côté de chez vous). C’est aussi bien que n’importe quel tube cartonné de papier toilette ou de sopalin.

Mais : on peut aussi le jeter dans l’eau.

Certes.

Mais ça sert à quoi ?

À rien.

Bien au contraire.

En jetant ce rouleau de papier toilette dans la cuvette, nous mélangeons volontairement l’eau et la carton, laissant ensuite à d’autres le soin de les séparer à nouveau, avec plus ou moins de succès.

L’eau est extrêmement complexe – et coûteuse – à nettoyer. Même si les techniques permettant son assainissement relèvent de la haute technologie et sont d’une efficacité indubitable, la première des choses à faire est d’éviter de la polluer, avec quelque matière que ce soit.

Trier ses déchets, c’est accomplir le premier geste indispensable à leur recyclage. Les mélanger volontairement ses déchets à de l’eau, quand bien même ceux-ci disparaîtraient en un clin d’œil, est donc un acte écologiquement contre-productif. Celui qui a eu cette idée aurait donc mieux fait de ne pas se lever ce matin-là [4].

Moralité

Ne jetez pas vos rouleaux de papier toilette dans la cuvette, mettez-les au compost (ça fera un apport carboné bienvenu), jetez-les dans la poubelle de tri ou, au pire, dans la poubelle des déchets ménagers. Ça vaudra bien mieux, dans tous les cas, que de les jeter dans l’eau des toilettes.

Conseil à destination des entreprises qui cherchent les ’bonnes’ idées pour nous vendre leurs produits : arrêtez de nous prendre pour des imbéciles, et...

- proposez-nous plutôt des papiers toilettes ou absorbant vierges de toute inscription ; moins d’encre dans les déchets, c’est toujours ça de gagné ;
- vendez-nous vos produits au détail, sans leur emballage constitué de plastique et d’encre polluants ;
- fabriquez-les à partir de matériaux recyclés et recyclables, inventez les consignes de tri claires et intelligentes qui vont avec ;
- recherchez un moyen d’implémenter les toilettes sèches à l’intérieur des maisons ; cela règlerait définitivement le problème du mélange des matières fécales à l’eau potable !

Finalement les bonnes idées, pas besoin de les inventer, il suffit de se baisser pour les ramasser !

Conculsion

En attendant, je garde mon bon vieux gratte-cul no-name triable, compostable et jetable à la poubelle, le tout à prix sacrifié ma bonne dame ! Non seulement il fait bien le boulot, même dans les circonstances les plus extrêmes, mais en plus il est beau, il est bon, il sent le jambon : c’est le rouuuuu-leau’-qu’il-me-faut, tching, poum [5].


Notes

[1] Un bon point pour celui qui retrouvera et me fera parvenir la source de cette anecdote, que je me rappelle néanmoins et que je mentionne tant elle est parlante dans notre cas.

[2] Voir l’article de Wikipédia sur la fabrication de l’acier

[3] Ces sont des problèmes du même ordre que rencontre l’EPR de Flamanville...

[4] S’il se fait connaître et fait preuve de contrition sur le forum associé à cet article, il pourra peut-être rejoindre, avec le fabricant des dosettes de machine à café, la grande famille des inventeurs qui regrettent leurs inventions.

[5] Allez ma p’tite fleur, avec la REC, le slogan, c’est cadeau !


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