Faut pas payer ! - La Révolution en Charentaises

Faut pas payer !

dimanche 29 avril 2007, par Laura Diaz / 12895 visites

Théâtre. Une comédie burlesque de Dario Fo. Et si on arrêtait de payer ? se disent les femmes ouvrières excédées par l’augmentation irrationnelle du coût de la vie. Mais oui, reprend Antonia, cela compensera tout ce qu’ils nous ont volé !

Italie. Les années 60, 70. L’histoire d’une ville dont les ouvriers se mettent en grève, dont les femmes refusent d’acheter les provisions à un prix "injuste", qui désespèrent à force de ne plus pouvoir payer ni loyer, ni gaz, ni électricité. Des hommes et des femmes qui continuent malgré tout de chantonner "avanti popolo" parce que leurs appartements en banlieue ne suffisent plus pour les empêcher de croire en un monde meilleur réalisable ici et maintenant. A quoi bon ce confort "moderne", entendez par-là, frigo et TV, quand le travail à la chaîne vous exténue ? La publicité console et dégoûte à la fois. C’est de la femme au cul bien rond vantant les dentrifrices, les pâtes et les sauces qui vont avec, que rêvent les ouvriers, crevés, en faisant l’amour à leurs épouses-défouloir.

Faut pas payer ! Pourtant c’est bien d’une comédie dont il s’agit ! Et quelle comédie ! Menée par la parole âpre et subtile d’un génial Dario Fo (tout de même prix Nobel de littérature) et dont le texte est servi par une mise en scène "autonome" avec des espaces emboîtés, des plans qui glissent, des meubles qui claquent, et un mini-orchestre à la Kusturica...Une ambiance folle donc, avec des flics-policiers maoistes mais qui aboient sur ordre, des patrons qui fuient la justice de leur pays, un ouvrier communiste ultra-légaliste, plus royaliste que le roi en somme, des silhouettes de femmes enceintes qui accouchent de salades, des morts qui ressuscitent...Un époustouflant spectacle, d’un humour sans faille, plein de bruits et de fureur, pour rendre vivant le combat de femmes subtiles, gouailleuses et spirituelles,d’hommes fatigués, inquiets, résistant de tout leur corps à l’aliénation mécanique de l’usine, à l’aliénation idéologique de la publicité commerciale. Bref, une belle et joyeuse fabrique.

Pièce à l’affiche de Nanterre-Amandiers (7, av. Pablo Picasso - 92000 Nanterre), du 5 novembre au 18 décembre 2005. RER A, arrêt Nanterre-Préfecture. A noter, les navettes gratuites jusqu’au théâtre (1er départ une heure avant le début du spectacle).



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2 Messages de forum

  • Reprise du 25 avril au 26 mai 2007. 29 avril 2007 20:59, par Camille D.

    A signaler la reprise du spectacle dans la même mise en scène de Jacques Nichet. Le metteur en scène et directeur du théâtre national de Toulouse s’explique : " En entendant à la radio que les restaurants du coeur étaient submergés de demandes (30 à 40% de plus dans certaines villes sinistrées), mon sang n’a fait qu’un tour. Je n’ai pas d’autre arme que la tribune du théâtre et je veux répondre à une telle injustice par un éclat de rire vengeur."

    Cette pièce de Dario Fo, écrite en 1974, est plus que jamais, furieusement d’actualité. Elles nous invite à réfléchir aux limites de nos convictions et à l’impact de nos actions. "La révolte du couillon consiste à s’indigner" lance un personnage.

    Il faudra un peu plus que de l’indignation si le candidat UMP est élu. Lui qui, selon une rumeur, non vérifiée mais non démentie par l’actuel ministre de la Culture, aurait pour objectif de supprimer le ministère de la Culture au profit d’un sous secrétariat du Ministère de l’Education. Amis révoultionnaires, restons vigilants !

    FAUT PAS PAYER ! de Dario Fo, mis en scène par Jacques Nichet. Du 25 avril au 26 mai 2007, au théâtre des Amandiers de Nanterre. 01 46 14 70 00

    Courez-y, l’hilarité tendre-amer de cette farce est contagieuse.

  • La Comédie de Reims propose cette pièce du 14 au 16 novembre 2007, à Reims : à voir absolument !

    "Quand la grande tradition de la farce italienne se confronte au monde d’aujourd’hui.

    À Milan, exaspérées par l’augmentation des prix, des femmes pillent un supermarché. L’excitation monte, les hommes interviennent et ce n’est plus qu’un cri dans le magasin : « Faut pas payer ! ». C’est la seule de ses œuvres que Dario Fo a intitulée « farce ». À la violence sociale - délocalisation des usines, chômage, faim, perte de logement - il veut répondre par un éclat de rire libérateur. Il fait front et nous demande de ne pas baisser la tête, de ne pas plier devant ce réel qu’il tord devant nous, chauffe à blanc, pousse à bout. Violence et vitalité vont ici de pair. J’ai réuni des comédiens si talentueux et généreux pour cette « comédie italienne »... Ils retrouvent les voies d’un jeu ouvert sur le public, excessif et léger, aussi poétique que le récit du fabulateur. Artiste militant, Fo se sert du théâtre pour débattre. Il fait entendre, d’une voix claire et perchée, la parole de ceux qui n’ont que le droit de se taire. Les luttes sociales - et leurs contradictions - traversent son œuvre."

    Voir en ligne : "Faut pas payer !" à la Comédie de Reims